"Sur l'évolution du paysage hospitalier, je tiens à vous dire d'emblée que la Région wallonne, son gouvernement et moi-même, nous nous inscrivons de manière volontariste dans la perspective de la mise en place de réseaux hospitaliers ", a déclaré le 2 février la vice-présidente du gouvernement wallon.

Alda Gréoli estime qu'il faut tenir compte d'un certain nombre d'éléments de contexte.

D'abord que, dans les 37 hôpitaux généraux et 20 hôpitaux psychiatriques wallons, on compte 50% de lits du secteur public et 50% du secteur associatif. 50% des travailleurs des hôpitaux ont un statut public et 50% un statut d'employé. " Quand on pense les réseaux, il faut également se poser la question de l'évolution des contrats de travail des uns et des autres. "

Ensuite, que la densité de la population est un enjeu majeur en Wallonie. " Dans certains endroits, des hôpitaux se regardent d'un côté ou de l'autre de la rue. A l'inverse, ailleurs, en fonction du réseau routier, la répartition géographique des hôpitaux pose des difficultés à une partie de la population. "

Balises

Pour Alda Greoli, la réforme du secteur hospitalier doit suivre une série de balises. " Même si je ne suis pas toujours d'accord avec la ministre fédérale de la Santé, l'évolution de la loi sur les réseaux a été positive et a tenu compte de la réalité, non seulement de celle du nord du pays, mais aussi de celle du sud de Bruxelles et de la Wallonie. Cependant, il reste de questions fondamentales à régler pour pouvoir avancer en toute confiance. La première est de savoir si cette loi va être votée, indépendamment de la loi sur la base variabilité déjà votée. Une autre question essentielle à se poser est celle de la meilleure collaboration entre les hôpitaux. Se poser la question des réseaux sans se poser celle de la programmation laisse les directions des hôpitaux face à un doute quant à leur perspective d'organisation de leurs services et les professionnels de la santé - dont les médecins - face à de véritables questions. "

Le libre choix du patient est une autre balise qui tient à coeur à l'ancienne secrétaire générale de la Mutualité chrétienne. " Je ne souhaite pas adopter un modèle hollandais avec une obligation d'aller se soigner là où on habite. Notre pays jouit d'une liberté thérapeutique et d'une liberté de choix du patient que je souhaite voir conserver. "

" Le volontarisme doit être de notre côté "

Par ailleurs, pour la ministre, il est essentiel de rendre aux pouvoirs organisateurs des hôpitaux et aux directions des hôpitaux une véritable capacité de gestion. " Il ne faut plus les coincer entre les revendications du lobby médical - que je respecte et qui a sa raison d'être -et les règlements dus à des décisions politiques. C'est une équation particulièrement compliquée. "

La ministre Greoli compte encore réaliser quelques actions à court terme avant le 26 mai, pour " peu que la loi fédérale soit votée ". Et de rappeler que la Wallonie a déjà créé un plan de construction des hôpitaux. " Nous n'avons pas attendu de voir ce que les autres entités allaient faire pour mettre sur pied un mécanisme de financement des infrastructures. Tous les hôpitaux wallons ont déposé des projets de construction et de conditionnement et leurs dossiers. Mon administration est occupée à les examiner. Ce dossier viendra très rapidement sur la table du gouvernement wallon. Il permettra de libérer des investissements pour un budget entre 1,3 milliard d'euros et 1,6 milliard d'euros. "

Accords de coopération

Valérie De Bue, ministre wallonne qui exerce la tutelle sur les communes, a déposé mi-novembre un projet de décret pour faciliter la mise en réseau (lire jdM N° 2563). Le texte est en troisième lecture et devrait être sur la table du parlement en mars. "Ce décret permet de faciliter la collaboration entre les hôpitaux associatifs et les hôpitaux publics en laissant à chacun son statut juridique tout en offrant au "groupement" la possibilité de fonctionner. Une fois que la loi fédérale sera votée les régions devront très rapidement procéder aux agréments des réseaux. En ce qui me concerne, je suis prête à agréer les réseaux. Je ne peux pas agréer à partir d'une loi fédérale qui n'existe pas. Dès que la loi sera promulguée, et je suppose que des réseaux dépasseront la frontière de notre petite région, il faudra négocier des accords de collaboration avec la communauté germanophone - dont on imagine mal qu'elle fasse un réseau à elle toute seule - et avec la Région bruxelloise et la Communauté française, qui a la tutelle sur les hôpitaux universitaires".

Une nécessaire clarification

La ministre wallonne a rappelé la répartition des réseaux loco-régionaux qui a été décidée par la Conférence interministérielle santé : huit en Wallonie, dont un en communauté germanophone, quatre à Bruxelles et treize en Flandre. Alda Greoli s'attend à la création de deux réseaux en province de Liège, d'un réseau en province du Luxembourg - " même si il n'y a qu'un pouvoir organisateur j'ai l'impression qu'il y a plusieurs réseaux " - d'un réseau mixte sur Namur, de trois ou quatre réseaux sur le Hainaut et d'un sur le Brabant wallon qui, sans aucun doute, fera l'objet d'accord de collaboration avec la Région bruxelloise.

" Je souhaite clarifier les choses. Dès le vote de la loi fédérale, je ferai un appel à projet pour avoir de la part des hôpitaux déclarations d'intention qui aillent plus loin que les rumeurs actuelles sur la constitution des réseaux. Je tiens aussi à rappeler que le développement des réseaux n'aura de sens, et c'est un enjeu à court et moyen termes, que si les développements numériques et informatiques continuent à se poursuivre ainsi que les investissements en la matière. D'où aussi notre appui important au réseau santé wallon. "

" Les hôpitaux ne sont pas des îles au milieu des océans. Même si le réseau de soins belge est relativement hospitalo-centré, il est tout à fait essentiel de réfléchir à l'augmentation des échanges et à la fluidité des informations avec la première ligne, le médecin généraliste et le réseau de la santé mentale. "

Changement de management

A plus long terme - après les élections ? - la ministre compte renvoyer la balle vers les hôpitaux - " pas pour jouer au ping-pong avec eux " - mais pour expliquer que l'évolution du secteur hospitalier nécessite également un changement au niveau du management. " Il faut être capable entre deux cultures hospitalières différentes de se parler, là où aujourd'hui c'est encore un peu compliqué, y compris au niveau des représentations syndicales. Il sera aussi nécessaire de formaliser les négociations qui sont en cours. "

La ministre estime également que le suivi du patient après une hospitalisation, chez lui ou en maison de repos, avec les médecins généralistes, est un enjeu essentiel. " Je vous avoue - et c'est sans doute parce que je n'ai pas exactement la même conception des soins de santé que ma collègue Maggie De Block - que avancer dans les réseaux sans que nous ayons eu avec le Fédéral une discussion en profondeur sur les liens entre la première ligne et l'hôpital me paraît particulièrement hasardeux. "

Vincent Claes