Pour se financer directement sur le marché des capitaux, il faut montrer patte blanche. Que l'on soit un Etat ou une entreprise privée, un pouvoir local ou une organisation internationale. Cette patte blanche, c'est le rating (aussi appelé notation en français) attribué par une agence spécialisée. Ce jugement qualitatif s'obtient à l'issue d'un examen financier assez approfondi et il est régulièrement remis à jour. Les hôpitaux qui souhaitent diversifier leurs sources de financement ont d'autant plus intérêt à examiner cette piste que leur proximité avec les pouvoirs publics leur permet d'obtenir un rating fort élevé, synonyme de crédit à la fois aisé et à taux favorable, plaide le cabinet EY.

Le meilleur rating du monde !

Naguère appelé Ernst & Young, EY travaille essentiellement avec Fitch, le "petit troisième" du secteur de la notation, derrière Standard & Poors (S&P) et Moody's. Pourquoi ? "Fitch a étudié le secteur, son fonctionnement, ses flux financiers, etc. Il en a donc une bonne connaissance et il est assez naturel de s'adresser à lui ", explique Ralph Poulssen, associate partner d'EY Montesquieu, branche spécialisée dans le financement du secteur de la santé. " Nous n'avons toutefois pas d'exclusive et c'est ainsi que nous sommes actuellement en discussion avec Moody's".

On peut imaginer que, financé presque automatiquement par les pouvoirs publics, ou encore par les compagnies d'assurance remboursant les frais des patients, un hôpital bénéficie d'une excellente réputation en tant que débiteur. Rien à voir avec une entreprise qui peut soudainement souffrir d'une concurrence chinoise agressive. Ralph Poulssen confirme : les ratings obtenus par le secteur de la santé sont proches de celui dont bénéficie l'Etat lui-même. Et de citer le cas du centre hospitalier universitaire Erasmus, à Rotterdam : il possède un rating AAA, exactement comme les Pays-Bas !

C'est la plus haute note possible et elle est aujourd'hui fort rare à l'échelle mondiale. Ainsi la Belgique affiche-t-elle un plus modeste AA chez S&P et même AA- chez Fitch. C'est encore très correct, mais on se situe respectivement deux et trois niveaux plus bas que le triple A. Avec un rating aussi élevé, on peut imaginer que l'hôpital Erasmus emprunte à très bas coût. "Oui, bien sûr, mais le plus important est qu'il emprunte très facilement ", corrige l'associate partner d'EY. "Un établissement de cette taille, ainsi qu'il en existe également plusieurs en Belgique, doit parfois réaliser des investissements se comptant en centaines de millions d'euros. Avec un bon rating, il est beaucoup plus facile d'obtenir les financements souhaités. C'est la clé pour avoir accès au marché européen des capitaux, où des centaines d'intervenants disposent d'énormément d'argent qui, placé en banque, ne rapporte rien. Ils préfèrent évidemment en obtenir un certain rendement, fût-il modeste".

Obligations ou prêt direct

Sous quelle forme obtient-on le financement ? Tandis qu'une institution néerlandaise a récemment émis pour 20 millions d'euros d'obligations, l'hôpital de Rotterdam évoqué plus haut est financé en direct par un investisseur institutionnel. Le centre Erasmus affiche un chiffre d'affaires de 1,7 milliard. Autrement dit, il doit décaisser pas loin de 150 millions par mois. C'est une somme que les banques néerlandaises n'aiment pas trop avancer à court terme, affirme Ralph Poulssen. La direction a souhaité obtenir un rating pour se ménager d'autres possibilités que le crédit bancaire.

Un assureur ou fonds de pension peut-il vraiment prêter 150 millions ? N'est-ce pas un risque trop concentré ? Tous ne peuvent sans doute pas se permettre un tel montant, mais ce n'est pas un problème pour nombre d'entre eux. Aux Pays-Bas en effet, les grands assureurs ne sont pas seuls à détenir des actifs à 8 ou 9 chiffres; c'est également le cas de certains fonds de pension. L'ABP (pour Algemeen Burgerlijk Pensioenfonds), le fonds de pension des fonctionnaires et enseignants, possède ainsi des actifs de l'ordre de 400 milliards ! Non seulement un tel montant n'est-il pas trop élevé pour des acteurs de très grande taille, mais il leur facilite la vie : investir 150 millions, c'est moins de travail que d'en placer 10 fois une quinzaine. Moyennant un bon rating, bien entendu, car ces institutionnels sont obligés de respecter un certain niveau de qualité dans leurs investissements.

Qu'en est-il du taux auquel une institution hospitalière peut emprunter ? Etre financé par un institutionnel est-il plus avantageux que par une banque ? "Un cas n'est pas l'autre mais, en principe, oui, ce sera moins coûteux ", observe Ralph Poulssen. " Un hôpital bénéficiant d'un rating A a récemment obtenu un financement institutionnel assorti d'un taux inférieur de près de 0,5 % à celui d'un prêt bancaire classique. Concrètement, il a payé 1,7 % environ, au lieu de 2,2 %. En serait-il de même en Belgique ? A la différence des Pays-Bas, notre pays possède une institution spécifiquement orientée vers le secteur public : Belfius. Il est donc possible que la différence soit moindre ", reconnaît notre interlocuteur.

Un gros débours... pour une grosse économie

Il n'empêche, voilà une piste qui mérite d'être creusée. Mais à quel prix ? Combien coûte l'obtention d'un rating ? Il faut compter un minimum de 35.000 euros pour l'élaboration du dossier, affiche EY. Toutefois, quelques rapports complémentaires seront bienvenus pour rendre la mariée plus attrayante, de sorte qu'il vaut mieux compter sur 50 à 80.000 euros de coût initial, reconnaît Ralph Poulssen. Somme à laquelle s'ajoute 40.000 euros pour l'actualisation annuelle. Ce n'est donc pas donné et sans doute le jeu n'en vaut-il pas la chandelle pour des institutions de taille moyenne aux besoins financiers assez modestes. Par contre, pour celle qui souhaite emprunter 100 millions et qui obtiendrait un taux inférieur de 0,4 % à celui du crédit bancaire, l'économie brute serait de l'ordre de 400.000 euros par an, soit un multiple des frais engagés. A vérifier sur pièce, bien entendu !

Quatre hôpitaux ont aujourd'hui obtenu un rating aux Pays-Bas et un 5e est en cours, tandis qu'EY est en discussion avec trois autres. Objectif : une dizaine d'ici la fin de l'année. D'autres pays se sont engagés sur cette voie il y a plusieurs années déjà, les Etats-Unis et la Chine en particulier, mais aussi la France. La Belgique, où plusieurs institutions ont été approchées par EY, suivra-t-elle ?