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Le ministre Vandenbroucke a décidé d'investir massivement dans l'hôpital de jour. Une excellente raison d'interviewer le Pr Marc Coppens (UZ Gent), anesthésiste et président de la société belge de chirurgie ambulatoire (la BAAS). Il siège également au sein de l'association internationale. Les opérations sont de moins en moins invasives et les techniques s'améliorent de jour en jour. "La pose de prothèses a le vent en poupe et certains pays réalisent d'ores et déjà des interventions importantes en hôpital de jour: chirurgie de la hanche ou du genou, et même des opérations du disque. Les chirurgiens travaillent de manière moins invasive aujourd'hui, contrairement aux internes. Beaucoup d'interventions ont lieu par endoscopie", explique le Pr Marc Coppens. Les idées véhiculées par le passé sur la chirurgie (ambulatoire) sont aujourd'hui obsolètes. "De nombreuses interventions légères ont lieu par chirurgie de jour, sous anesthésie générale courte ou locale. Il n'est évidemment pas possible de prendre le volant à la suite d'une anesthésie générale. De nombreux anesthésiants ont toutefois une durée d'action plus courte, avec peu d'effets secondaires. Est-il toujours judicieux d'accompagner les gens pendant 24 h, comme l'impose l'inspection flamande des soins dans son cadre d'exigences? Quand le patient peut solliciter une aide téléphonique rapide, certains pays acceptent que celui-ci dorme chez lui", poursuit le professeur. En outre, des hospitalisations de plusieurs jours sont aujourd'hui raccourcies. "Les programmes ERAS (Enhanced Recovery After Surgery) questionnent certains gestes périopératoires. La préparation colique et le lavement ont-ils encore un sens? Combien de temps faut-il maintenir une sonde gastrique ou urinaire? Dans l'idée de raccourcir la durée d'hospitalisation, on cherche aujourd'hui à se défaire des concepts superflus. La forme ultime de l'ERAS, c'est la chirurgie de jour, même pour traiter le cancer. La thérapie PIPAC permet ainsi, dans le cas de tumeurs abdominales étendues, d'instiller la chimiothérapie dans l'abdomen. A la demande du patient, l'UZ Gent a même réalisé la première chirurgie thyroïdienne en hôpital de jour." Ce changement de paradigme repose sur la constatation suivante: à cause du Covid, les patients préfèrent réduire leur séjour à l'hôpital. Dans le cas d'une chirurgie de jour, ils sont également moins susceptibles de contracter des infections nosocomiales ; leur rétablissement s'avère plus rapide à la maison et ils peuvent plus vite reprendre une vie normale. Il faut par contre veiller à ce que le traitement et le suivi soient réalisables à la maison. Les interventions sont chaque jour plus complexes et cela vaut aussi pour les soins post-opératoires. "Nous sommes encore loin du compte", reconnaît le Pr Coppens, "il existe de nombreuses nouvelles techniques pour soulager la douleur, permettant aux gens de rentrer chez eux avec de simples analgésiques. Dans certains pays, les patients rentrent carrément avec un cathéter placé à côté d'un nerf. Un système de pompe peut même assurer une analgésie locale continue. Nous devons continuer à travailler dans ce sens, mais il est aussi crucial d'impliquer les soignants proches du malade."De nombreux hôpitaux contactent le patient au lendemain de l'intervention. Un membre du personnel infirmier passe alors en revue les doléances par téléphone. "Ce feedback est essentiel, car il nous permet d'adapter les protocoles de traitement. Mais la forte hausse des opérations en hôpital de jour empêche parfois les établissements d'appeler les patients."Les apps constituent potentiellement une heureuse alternative. "Il existe toutes sortes d'applications programmables que le patient peut utiliser pour mesurer la douleur ou le malaise depuis la maison. A partir d'un score de douleur de sept par exemple, un signal d'alarme est automatiquement envoyé à l'hôpital. A nous bien sûr de tenir ces signaux à l'oeil et de réagir à temps."Les applications peuvent également jouer un rôle dans l'éducation du patient. "Les gens ne voient pas forcément l'intérêt de prendre préventivement des antidouleurs. On peut toujours distribuer des dépliants, mais il est de loin préférable que les infirmiers informent le patient et sa famille de l'importance d'une bonne analgésie. Ils n'ont hélas souvent pas le temps de le faire, et c'est là que les applications peuvent prendre tout leur sens."Bien entendu, les généralistes jouent également un rôle important. Restent d'autres sujets cruciaux, comme la mobilité à la maison, avec des outils ou non, et le fait que le patient doive être en mesure de manger et de boire normalement. Selon le Pr Coppens, hôpitaux universitaires et non universitaires, chirurgiens et anesthésistes sont prêts à accélérer le processus. "Les mentalités ont changé. Le seul élément qui nous retient encore, c'est le manque de financement, ou le fait que l'hôpital gagne plus quand il garde des patients pour la nuit pour des interventions qui ne se trouvent pas dans la liste A (1)."Le ministre Vandenbroucke entend actualiser cette liste et l'élargir. "C'est plus que nécessaire", confirme l'intéressé. "Les listes A et B (2) sont entrées en vigueur en 2002 et ont été revues en 2007. Seuls quelques modifications y ont été apportées au cours des 20 dernières années, alors que ce domaine a énormément changé. Une réforme scientifique responsable s'impose, à l'aide d'un benchmarking international."La liste A contient encore des opérations qui ne sont plus réalisées en hôpital de jour. Celles-ci doivent donc être enlevées. "Techniquement, certains actes médicaux peuvent être posés dans la polyclinique. Ceux-ci exigent bien sûr du matériel coûteux et spécifique. Il faut donc une véritable couverture des coûts pour sortir ces procédures de l'hôpital de jour et les transférer vers la polyclinique."